Marie Mariéthoz

Chrétienté et moralisme universel face à l'Évangile.

Lux Æterna, il y a 22 heures modifié

Chrétienté et moralisme universel face à l'Évangile.

1-​La chrétienté préconciliaire

​Avant le tournant de Vatican II, l’Église catholique a vécu durant quinze siècles sous le modèle de la « chrétienté ». Ce système fusionnait le pouvoir spirituel et le pouvoir politique pour bâtir une société officiellement chrétienne. Si l'intention était de protéger la foi et de la favoriser ce modèle a transformé l'Église en une puissance politique terrestre, générant des déviations majeures par rapport aux enseignements du Christ et favorisant un conformisme chrétien socialisé au détriment d'un engagement profond et individuel à la suite du Christ.

​La chrétienté reposait sur une doctrine stricte : l'État devait être le bras armé de l'Église pour faire régner le Christ ici-bas.
​Le catholicisme était religion d'État, les lois civiles calquaient la morale religieuse, et l'erreur n'avait aucun droit. L'individu était inséré dans un cadre catholique obligatoire du berceau à la tombe. Les rythmes sociaux, l'art et l'éducation étaient entièrement confessionnels pour « faciliter » l'accès au salut.

​Malgré sa longévité, ce modèle a provoqué sa propre chute en raison de deux faiblesses majeures :
1)​Une foi de conformisme et non de conviction : En imposant la pratique sous peine de sanctions sociales ou civiles, en favorisant la pression psychologique sociale, la chrétienté a favorisé l'hypocrisie et une certaine rancœur secrète contre l'omniprésence de l'Eglise. Dès que les révolutions politiques ont brisé ce cadre légal et autoritaire la pratique s'est effondrée, prouvant que les cœurs n'avaient pas été convertis mais simplement disciplinés par la pression extérieure ou le besoin grégaire d'appartenance sociale.

2)L'alliance de l'Église avec les monarchies l'a progressivement fait percevoir comme un instrument de domination. Les richesses temporelles et les abus de pouvoir du clergé ont fini par suscité un anticléricalisme féroce, poussant les peuples à rejeter le Christ par rejet du pouvoir politique d'une l'Église oppressante.

​La chrétienté a trahi l'Évangile par le haut en voulant établir le Royaume de Dieu par la force, la loi et la politique, la pression sociale. L'analyse stricte du Nouveau Testament montre pourtant que le christianisme est originellement une foi d'« étrangers et voyageurs » (1 Pierre 2, 11). Vouloir l'installer au pouvoir ici-bas fut une illusion qui étouffa la conversion personnelle du cœur, seule et unique finalité de la prédication du Christ. Remarquons que c'est pendant la chrétienté que les sermons et les livres sur le petit nombre des élus ont pullulé. Les prêtres et les théologiens étaient les premiers témoins de ce catholicisme civilisationnel de facade ou d'appartenance sociale, généralisé. La doctrine du petit nombre des élus essayait, par le biais d'une pastorale de la peur, de conjurer les effets délétère de la chrétienté au regard de l'Évangile originel.

2-La mutation pastorale de l'Église depuis Vatican II

​Depuis le Concile Vatican II, l’Église catholique a redéfini sa présence dans le monde moderne. Souhaitant rompre avec le modèle de la chrétienté dont plus personne ne voulait, elle a cherché à dialoguer avec l’homme contemporain. Cependant, en déplaçant son message vers des causes temporelles ou humanistes (écologie, paix, fraternité humaine, etc), elle a mis de côté la prédication du salut éternel et plus généralement de l'Évangile, but essentiel de son institution par le Christ.

​La pastorale post-conciliaire a troqué l'annonce directe du Kérygme (le salut en Jésus-Christ) contre une théologie du dialogue et du consensus.
​Les hommes d'Eglise choisissent désormais de s'adresser à « tous les hommes de bonne volonté » sur des valeurs partagées plutôt que sur la nécessité d'une pleine conversion à Jésus-Christ et à son Évangile.
​Les enseignements majeurs ne portent plus sur les fins dernières, l'exclusivité du salut en Jésus Christ et de son urgence, mais sur la sauvegarde de la planète, la solidarité mondiale, la paix ou encore l'amitié entre les diverses religions, sur une miséricorde qui fait souvent fît de la Justice de Dieu, de ses droits, et du péché des hommes, etc. Les hommes d'Eglise espèrent ainsi se rendre « acceptable » et « utile » aux yeux du monde, espérant ainsi rendre sa foi attrayante.

​Soixante ans plus tard, la sociologie religieuse dresse un bilan peu reluisant de cette pastorale de l'adaptation. La fin de la prédication sur le Sauveur des hommes, sur l'urgence de l'unique salut, la confusion qu'entraine un dialogue intereligieux consensuel ou des enseignements focalisés sur le social ont désamorcé la ferveur.
​À force d'emprunter le vocabulaire des ONG, des mouvements laïques, ou des humanistes, les hommes d'Eglise lui ont fait perdre sa spécificité si nécessaire pourtant. Les fidèles en quête d'absolu et de sainteté y souffrent, l'ont désertée, ou on rejoint des integristes nostalgiques d'une chrétienté idéalisée.

​La pastorale post-Vatican II a trahi l'Évangile par le bas en voulant s'adapter au monde par un humanisme à dominante horizontale. En cherchant l'approbation de l'opinion publique, en refusant d'être un signe de contradiction avec la persécution qui va avec, elle a rendu la foi quasi facultative. Pourtant la lecture de l'Evangile révèle que la seule raison d'être du christianisme réside dans l'annonce abrupte, exigeante et surnaturelle du Salut éternel offert à chaque individu et du cheminement vers et avec la Sainte Trinité.

3-​L'Église doit revenir à sa source.

​L’histoire de l’Église semble être une oscillation entre deux déviances majeures qui l'ont toutes deux en partie coupée de sa racine.
​D'un côté, la chrétienté historique a voulu imposer le Royaume de Dieu par le haut. En unissant l’Église et l'État, elle a malheureusement souvent utilisé la contrainte sociale, psychologique et le pouvoir politique pour espérer faire régner le Christ et l'Eglise. Elle a souvent ainsi violé la non-violence et la liberté de conscience prêchées par Jésus, produisant une foi de façade, l'hypocrisie du conformisme social et une domestication de l'Évangile pour le rendre compatible avec les exigences économiques et politiques, et praticable par le grand nombre.
​D'un autre côté, le moralisme social actuel (post-Vatican II) cherche à s'adapter au monde par le bas. Pour plaire à la société sécularisée et espérer séduire les hommes, l'Église s'est transformée en une sorte d'ONG humanitaire chrétienne. Elle a remplacé l'urgence du salut éternel par des causes horizontales (écologie, fraternité universelle, vivre-ensemble, paix). En gommant le scandale de la Croix et la nécessité de la conversion par la repentance pour offrir un accueil sans réelle exigence Évangélique, elle a rendu la foi quasi facultative.

​Face au Salut par la contrainte ou l'obligation sociale et au Salut par la dilution, une seule solution semble s’imposer aujourd'hui : le retour à la pureté de l’Évangile originel.
​Le Christ n’est pas venu réparer et organiser la société terrestre ou construire un paradis mondain, mais sauver l’âme de l’individu en vue de l'éternité (« Que sert-il à un homme de gagner le monde, s'il perd son âme ? », Marc 8, 36).
​Le christianisme ne retrouve sa force d'attraction que lorsqu'il refuse les compromis avec les modes du siècle et qu'il produit des saints, c'est à dire des chrétiens sans concessions. Il doit accepter d'être le « petit troupeau » (Luc 12, 32) qui provoque le monde par sa sainteté.
​Le christianisme originel ne s'appuie ni sur les décrets de César ni sur l'approbation de l'opinion publique. Il transforme les cœurs par la vérité de sa Parole et l'héroïsme de sa charité concrète.
​L'Église ne survivra pas en cherchant à reconquérir son pouvoir d'autrefois, ni en se dissolvant dans l'humanisme moderne. Son devoir absolu est de redevenir ce qu’elle était à l’origine : une communauté de « voyageurs et de témoins » (1 Pierre 2, 11) qui n'a qu'un seul message à offrir au monde: le salut en Jésus-Christ et sa Charité pour tous les hommes.
KYRIE ELEISON.

Voici la réponse de dixi amicos comme il est bloqué , il tenait à ce que je la publie.Nous échangeons souvent et il m'a téléphoné plusieurs fois.Je trouve sa réponse très pertinente.Les commentaires seront désactivés, c'est mieux pour lui je pense car avec Lux Aeterna ça n'en finit pas.


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Marie Mariéthoz

Dixi amicos a mis Pie IX au début du dernier paragraphe pas Pie XI pour l'encyclique Quas Primas.

Marie Mariéthoz

guide-doctrinal.com/documents/Roncalli-alias-Jean…

1 autre commentaire de Marie Mariéthoz
Marie Mariéthoz

J'espère que vous arrivez à tout lire sinon il faut cliquer sur la réponse de dixi amicos pour voir le texte en entier.