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Ecce Rex tuus veniet – Homélie en la fête du dimanche des Rameaux, par Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque.

Ecce Rex tuus veniet – Homélie en la fête du dimanche des Rameaux, par Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque.

Exsulta satis, filia Sion ; jubila, filia Jérusalem : ecce rex tuus veniet tibi justus, et salvator : Ipse pauper, et ascendens super asinam et super pullum filium asinæ.
Réjouis-toi beaucoup, ô fille de Sion ; Réjouis-toi, ô fille de Jérusalem : voici que ton roi, juste et sauveur, vient à toi ; il est pauvre et chevauche un âne et sur un poulain fils d’âne. [Zech 9, 9]
Mgr Carlo Maria Viganò, archevêque, en la fête des Rameaux le 29 mars 2026
Le dimanche des Rameaux commémore l’entrée triomphale du Roi-Messie à Jérusalem, c’est-à-dire le mystère liturgique dans lequel la Sainte Église contemple l’accomplissement des prophéties royales de l’Ancien Testament en la Personne du Christ Seigneur.
Ce n’est pas une simple commémoration historique, mais un acte de foi dans la Royauté de Jésus, le Roi humble et victorieux, qui entre dans la Ville Sainte pour consommer Sa Passion et nous ouvrir les portes du Royaume éternel. Mais cela reste un fait historique, attesté par ceux qui, ce jour-là, assistèrent à la cérémonie de couronnement de Notre Seigneur Jésus-Christ.
Selon le rituel décrit dans le Premier Livre des Rois (1 R 1, 32-40), David mourant ordonne que son fils Salomon soit consacré roi, monté sur la mule du roi David (symbole de paix et de succession légitime, non de guerre), menée à la source de Gihon (située au pied du mont des Oliviers), et oint avec l’huile sacrée par le prêtre Zadok et le prophète Nathan.
Il prescrit que l’on sonne de la trompette soit sonnée et que le peuple acclame Salomon comme roi. La procession du nouveau souverain entre à Jérusalem au milieu de cris de liesse, avec le peuple jouant de la flûte et la ville en tumulte (ibid., 45). Ce rite devait manifester en figure le nouveau roi comme l’oint du Seigneur (Messie), successeur légitime de David, porteur de paix.
Notre Seigneur entre à Jérusalem sur un ânon, le petit d’une ânesse (Mt 21, 2-7 ; Jn 12, 14-15), accomplissant à la lettre la prophétie de Zacharie (Za 9, 9).
Il n’est pas un roi terrestre avec des chevaux de guerre, mais le Rex pacificus, le vrai Salomon (dont l’étymologie signifie précisément « pacifique »), qui venit in nomine Domini (Ps 117, 26). Les manteaux étalés sur la route (Mt 21, 8) rappellent le rite du Deuxième Livre des Rois (2 R 9, 13) pour l’onction de Jéhu ; les palmiers et les branches d’olivier évoquent les processions victorieuses et la fête des Tabernacles (Lv 23, 40), mais ils rappellent aussi la victoire pascale du Christ sur la mort.
L’entrée triomphale du Christ Roi depuis le village sacerdotal de Bethphage et le Mont des Oliviers[1] n’est pas un détail topographique aléatoire, mais un acte d’accomplissement prophétique et typologique qui rappelle admirablement les lieux sacrés de la royauté davidique et salomonique. Elle manifeste le Christ comme le véritable Rex et Sacerdos — roi davidique et prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek — qui entre à Jérusalem pour régner depuis la Croix, accomplissant et dépassant les rites de couronnement de l’Ancien Testament[2]. Lorsque la procession quitte l’église (image de Bethphage) et y revient en chantant Gloria, laus et honor, nous sommes amenés à revivre mystiquement cette entrée : comme l’ancien peuple, nous acclamons aussi le Roi qui vient de la montagne sacrée et de la maison sacerdotale pour régner dans la nouvelle Jérusalem, la Sainte Église.
Le cri « Hosanna au Fils de David ! » (Mt 21, 9) est l’acclamation royale messianique[3]. Le peuple juif — à l’exception significative de ses chefs temporels et spirituels — reconnaît au Christ le titre héréditaire au royaume davidique : Il est le Roi promis, l’héritier légitime du trône de David, alors vacant[4] tout comme le pouvoir sacerdotal était de facto vacant[5]. L’exclusion de l’autorité civile et religieuse de cette liturgie juive solennelle nous montre comment le Seigneur veut récapituler en Lui-même la Monarchie et le Sacerdoce, étant par droit divin, de descendance et de conquête, le seul et unique vrai Roi et Pontife de la maison d’Israël. Israël es tu Rex, davidis et inclyta proles.
Notre Seigneur Jésus-Christ accomplit les rites de couronnement de l’Ancien Testament (onction, acclamation, entrée solennelle) de manière souveraine, spirituelle et éternelle.
Mais ce Messie — le véritable et unique Messie divin — n’est pas le chef politique d’un parti suprémaciste que les pharisiens attendaient, mais le Princeps pacifer qui appelle toutes les Nations à Lui, au-delà de toute race et langue.
En fait, saint Augustin commente : « L’ânon de l’ânesse, sur lequel personne n’était jamais monté, ce sont les païens, que personne avant le Christ n’avait soumis. L’ânesse, en revanche, est la plèbe issue du peuple d’Israël, longtemps sous le joug de la Loi. […] Le Christ Roi humble, assis sur l’ânesse et l’ânon, symbolise les deux plèbes : celle des Juifs déjà soumis et celle des païens pas encore montée. […] Et en tant que Roi pacifique, Il ne vient pas sur un cheval de guerre, mais sur une ânesse, qui est un signe de paix[6]. »
Cela est également confirmé par Saint Paul : An Judæorum Deus tantum ? nonne et gentium ? Immo et gentium : quoniam quidem unus est Deus, qui justificat circumcisionem ex fide, et præputium per fidem. Dieu n’est-il que le Dieu des Juifs ? et n’est-il pas aussi le Dieu des Gentils ? Oui, il est aussi le Dieu des Gentils, puisqu’il y a un seul Dieu qui justifiera les circoncis en vertu de la foi et les incirconcis par la foi. (Rm 3, 29-30).
Et encore : Omnes enim filii Dei estis per fidem, quæ est in Christo Jesu. Quicumque enim in Christo baptizati estis, Christum induistis. Non est Judæus, neque Græcus : non est servus, neque liber : non est masculus, neque femina. Omnes enim vos unum estis in Christo Jesu. Si autem vos Christi, ergo semen Abrahæ estis, secundum promissionem hæredes.
Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus. Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’un dans le Christ Jésus. Et si vous êtes au Christ, vous êtes donc descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse[7]. (Gal 3, 26-29).
C’est au nouvel Israël que le zèle de la véritable charité de l’Église du Christ appelle les Juifs, selon les souhaits que — à l’initiative des frères Lémann — 510 Pères du Concile Vatican prononcèrent devant Pie IX en 1870,
afin que les pauvres Juifs, las d’une attente très longue et inutile, se hâtent de reconnaître le Messie notre Sauveur, véritablement promis à Abraham et prédit par Moïse : perfectionnant ainsi et couronnant la religion mosaïque, sans la changer[8].
Les prêtres Joseph et Augustin Lémann, convertis du Judaïsme et apôtres infatigables de la cause d’Israël dans le Christ, voient dans l’Hosanna l’acclamation que le Sanhédrin aurait dû s’approprier, mais qui est devenue en réalité un prélude au rejet – un avertissement perpétuel pour Israël de reconnaître son Roi.
Tout tourne autour du Christ Roi et Pontife. Tout est décidé sur la base de Sa reconnaissance comme Messie, Sauveur et Libérateur. Et tant que le reste d’Israël ne pliera pas le genou devant son Seigneur, le Jugement Dernier n’aura pas lieu. La conversion de ce reste précédera la venue d’Élie, retardera le jugement et conduira à la « résurrection du monde »[9] (Rm 11, 15).
Cette conscience et une interprétation correcte des Écritures sacrées nous amènent à réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui à la lumière du merveilleux plan de la Providence.
Nemo vos seducat (Éph 5, 6) : ne nous laissons pas tromper par ceux qui s’illusionnent en pensant pouvoir faire passer l’Antéchrist pour le véritable Messie, ou qu’ils peuvent hâter la fin du monde en construisant avec des pierres ce Temple que Notre Seigneur a mystiquement construit une fois pour toutes dans son Corps Mystique.
Efforçons-nous, au contraire, par notre cohérence de vie et par la grâce de Dieu, de nous rendre témoins crédibles du Messie divin, du Verbe incarné, de Celui que dans quelques jours nous contemplerons assis sur le trône de la Croix : Regnavit a ligno Deus[10]. Ainsi soit-il.
+ Carlo Maria Viganò, Archevêque
29 Mars MMXXVI, Dominica II Passionis seu in Palmis
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